Le geste, la lumière,
et le temps qu’il faut
Chams Al Qandil est une maison d’artisanat, pas une marque de décoration. Ce que nous vendons tient en un mot : le temps. Le temps du martelage, celui du séchage de la terre, celui qu’il faut pour apprendre.
Une lanterne achetée par hasard
À l’origine de Chams Al Qandil, il n’y a ni business plan ni étude de marché. Il y a une lanterne achetée en 2018 dans un souk de Fès, posée sur une table de cuisine à Marrakech, et la stupeur de voir, la nuit tombée, un mur entier se couvrir d’étoiles.
Nous avons voulu retrouver l’artisan. Il a fallu trois jours et quatre intermédiaires pour arriver jusqu’à son atelier, une pièce de six mètres carrés où le métal était travaillé à même le sol. Ce jour-là, nous avons compris que l’objet que nous venions d’acheter n’était pas un produit : c’était une méthode.
Chams Al Qandil existe pour rendre cette méthode visible — et pour qu’elle survive.
« Celui qui sait »
Au Maroc, le titre de maâlem ne s’obtient pas dans une école. Il s’accorde, souvent tard, par les pairs. Il désigne celui dont le travail peut être montré à un autre maâlem sans honte.
Atelier du cuivre — Fès
Quatre artisans, dont un maâlem de 71 ans qui cisèle encore sans lunettes et refuse de travailler sur écran. C’est lui qui dessine nos cartons de découpe, à l’encre.
Atelier verrier — Fès
Le verre est teinté dans la masse avant soufflage, selon une recette de famille gardée depuis quatre générations. C’est de là que vient notre vert forêt.
Atelier de Safi
Sur la colline des potières, la terre rouge est tournée puis ajourée à la main, point par point, avant une double cuisson au bois.
Le métal et la terre
Le laiton, qui garde la trace des gestes
Le laiton se travaille à froid, par chocs successifs. Chaque coup de marteau déplace la matière et la durcit : on ne peut pas revenir en arrière. C’est pourquoi un maâlem travaille lentement. Une plaque de laiton mal martelée est une plaque perdue.
La terre, qui exige qu’on la laisse faire
La céramique est l’inverse exact : elle impose son calendrier. Trop fraîche, elle s’affaisse ; trop sèche, elle craquelle. La fenêtre pour ajourer un photophore dure quelques heures, jamais deux fois les mêmes.
Ces deux matières ne se rencontrent jamais dans le même atelier au Maroc. Nous avons choisi de les réunir dans une même maison, parce qu’elles racontent la même chose : ce qui prend du temps ne peut pas être pressé.
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Fès
Préserver, ce n’est pas figer
On parle souvent du patrimoine marocain comme d’un trésor à conserver sous verre. C’est une erreur. Un motif qui n’est plus fabriqué meurt, même s’il est photographié dans tous les livres. La seule conservation réelle d’un savoir-faire, c’est la commande.
C’est pourquoi nous avons pris quatre décisions qui nous coûtent cher :
- Aucun ajourage au laser. Tous les percements sont faits à la scie de bijoutier, un par un. Conséquence directe : deux pièces du même modèle ne sont jamais identiques.
- Paiement à la journée, jamais à la pièce. Le paiement à la pièce pousse mécaniquement à simplifier les motifs pour tenir les cadres. Nous refusons ce calcul.
- Aucune importation. Nous ne vendons pas de pièces produites hors du Maroc, même « dans le style de ». Notre catalogue est plus court, il est honnête.
- Le nom de l’artisan. Chaque pièce est signée au dos. Vous savez qui l’a faite, et notre atelier peut vous le dire.
« Le patrimoine marocain se transmet par la main. Ce qui n’est plus fait par la main n’est plus un patrimoine : c’est une illustration. »
Nous ne prétendons pas sauver l’artisanat marocain à nous seuls. Mais chaque commande finance une journée de travail dans quatre ateliers, et permet à un apprenti de continuer à balayer un sol pendant deux ans avant de toucher le métal. C’est ainsi que cela fonctionne, et c’est ainsi que cela doit rester.
Nous recevons sur rendez-vous
À Marrakech, dans le quartier de Sidi Ghanem, nous ouvrons l’atelier deux après-midis par semaine. Vous y verrez le martelage, l’ajourage et la dorure — et vous pourrez allumer les pièces dans l’obscurité.